Il y a encore une vingtaine d’années, le slogan « travailler autrement » était perçu par une majorité de citoyens comme une douce utopie ou encore un vieux rêve de soixante-huitard attardé. Pourtant cette vieille idée fait son chemin et se retrouve depuis quelques temps souvent à la Une et dans les éditoriaux de sites réputés pour le sérieux de leurs analyses socio-économiques.

La raison en est simple, malgré un attachement particulier des Français pour leur travail, de plus en plus de nos concitoyens ont appris de l’histoire de leurs parents, des dernières crises, des problèmes d’organisation dans les entreprises et des exemples récurrents de gabégies diverses, que tout cela ne faisait pas le sens d’une existence ici bas.

Alors travailler bien sûr, mais en levant la tête du guidon, en regardant pourquoi et pour qui, selon quelles valeurs et si possible en donnant de temps à autre son avis et être reconnu pour cela autant que pour ses compétences.

C’est ce qui ressort du sondage paru le mois dernier où l’on mesure qu’en huit ans les tendances se sont inversées dans l’appréciation de son travail. En 2006, 51% des Français estimaient « qu’il était un bon moyen pour s’épanouir », en 2014 ils sont 56% à penser que  » c’est une contrainte nécessaire pour subvenir à ses besoins ». Cette inversion est importante pour la société car elle coïncide avec des majorités qui considèrent que le travail est « source de stress « et qu’il n’est pas « reconnu à sa juste valeur ».

Cette tendance finit par être un casse-tête pour beaucoup d’organisations privées et publiques.  Comment la concilier avec les objectifs économiques et le développement harmonieux de l’entreprise ?

Surtout lorsque d’autres  éléments pèsent dans le débat comme :

– la responsabilité environnementale

– l’impact des usages des TIC

– un management centralisé

– le besoin d’innovation et d’agilité

– une concurrence effrénée

– des contraintes financières

– …

La motivation étant unanimement reconnue comme le meilleur carburant de la productivité et de la créativité, on s’aperçoit qu’un sacré challenge se profile à l’horizon, mais qu’en même temps celui-ci concerne tout le monde dans l’entreprise, quelle que soit sa forme, quel que soit le domaine d’activité ou son implantation.

Du coup on comprend mieux cet engouement pour explorer  » le travailler autrement » et l’illustrer par des exemples de choix de vie, choix de méthodes ou de rythmes de travail, choix d’environnement ou de secteurs d’activités, conciliant au mieux les valeurs auxquelles chacun de nous aspire.

Si l’on considère que l’ère de profonds changements dans le monde est en marche depuis quelques années et que le retour des vaches grasses ou des 30 Glorieuses n’est pas pour demain, alors on peut penser que la question du travailler autrement va devenir un véritable enjeu économique pour les entreprises et un vrai challenge à relever pour notre société.

Je n’ai guère parlé de numérique jusque-là, mais l’évidence de son rôle dans ce challenge saute aux yeux bien sûr, Cédille en est la preuve.

Cédille est destiné à apporter « un petit plus » à ceux qui, dans notre département, » travaillent déjà autrement » parce qu’ils ne sont plus dans leur entreprise tous les jours ou parce que leur entreprise c’est d’abord leur ordinateur et leur téléphone portable.

Cédille est un projet qui se construit en marchant et qui ambitionne de répondre le mieux possible aux attentes de ses utilisateurs. A côté des fonctions de rendre visibles les compétences et les savoir-faire de notre territoire et de faciliter leur mise en réseau, il souhaite apporter des éclairages aux professionnels pour favoriser le développement de leur activité en anticipant ou en accompagnant quelquefois les tendances socio-économiques observées.

Loin de moi l’idée qu’il n’y aurait que les gens qui télétravaillent ou coworkent qui travaillent autrement ! Nous sommes des vecteurs de cette tendance au même titre que l’agriculteur bio, l’artisan qui renoue avec le savoir-faire d’antan ou le mécanicien qui préfère bricoler et réparer que changer automatiquement la pièce, pour ne prendre que ces exemples.

Le point commun entre tous ces profils est bien souvent le choix fait par la personne, rien ne lui a été imposé, sa motivation s’en trouve d’autant plus grandie.

Il me semble intéressant d’avoir à l’esprit ce « travailler autrement » dans son entreprise car celui-ci peut devenir un élément important de son marketing et de son image. Loin des aspects modernistes qui peuvent être véhiculés par des usages high tech, on peut se laisser tenter par l’idée qu’une entreprise, dont tous les salariés seraient heureux de retrouver chaque matin grâce aux évolutions liées à son organisation, son management, ses services, les valeurs qu’elle porte et partage…., aurait de grandes chances de séduire des clients et de rendre jaloux ses concurrents.

Mais pour la plupart des lecteurs et des membres de Cedille, l’échelle de l’organisation n’est peut être pas (encore) celle d’une organisation nécessitant une réflexion collective et des moyens pour la mettre en oeuvre.

Il n’empêche. Si l’on n’est pas en mesure d’intégrer ces éléments sur le « travailler autrement » dans sa propre organisation pour des raisons diverses, il n’en demeure pas moins intéressant d’intégrer cette dimension et ce questionnement dans la manière que l’on communique vers ses clients ou ses utilisateurs, dans ses méthodes de travail et dans les produits ou services que l’on propose.

Par des modes de faire différents des logiques d’organisation du travail scientifiques élaborées par les petits génies du capitalisme comme Taylor ou Ford, on peut effectivement imaginer de « travailler autrement » et concilier les intérêts de l’entreprise, de l’individu et même du territoire. De plus en plus de personnes y aspirent, sans rapport avec les catégories socio-professionnelles auxquelles elles appartiennent.

Ce désir rejoint d’une certaine manière celui d’agir dans la proximité, loin d’idéaux parfois difficilement accessibles même à l’esprit, mais dans un vrai rapport à un quotidien que l’on perçoit comme susceptible d’être rénové.

Rénovation parce qu’au XIXe, l’organisation du travail dans les corporations d’artisans en ville répondait en grande partie au travailler autrement promu en ce début de XXIe. Le respect, la confiance, le bien être des ouvriers, la valorisation du travail, la qualité du produit, l’innovation collective et la faible hiérarchisation, constituaient une tendance forte que certains comme GODIN ont construit contre le vent et la marée de l’industrialisation capitaliste qui allait bientôt tout emporter.

Je ne me hasarderais pas à penser que ces valeurs font un retour par la force des choses et pour pallier les erreurs d’un monde globalisé et financiarisé. Disons simplement que le « travailler autrement » peut être un élément positif pour son activité professionnelle, différenciant d’une pensée encore trop unique et bien dans l’esprit des résultats de l’enquête de mai 2013 dans la vallée de la Drôme.

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