Il n’est pas rare de lire ou d’entendre dans les médias, des propos sur les notions de rupture ou d’hybridation, en référence aux changements...

Il n’est pas rare de lire ou d’entendre dans les médias, des propos sur les notions de rupture ou d’hybridation, en référence aux changements et aux mutations dont on a connaissance et auxquels chacun de nous peut être soumis dans la vie quotidienne.

Que ce soit dans le domaine éducatif, économique, culturel, social ou politique, la question revient en fait à se demander à quel niveau le cadre d’exercice d’une activité va être impacté par les nouvelles formes d’organisation, de circulation de l’information, de mise en relation des personnes, de promotion et de commercialisation des produits, pour ne citer que ces quelques exemples.

Le développement croissant des technologies de l’information et de la communication depuis 30 ans, entraine aujourd’hui un développement encore plus important des APIs*, des objets connectés et évidemment du volume des données*. Ce grand tout façonne une culture numérique appropriée à des niveaux différents, suivant l’âge, la catégorie sociale, les usages professionnels ou privés de chaque individu.

C’est évidemment pour une bonne part à cause de cette culture numérique en plein essor, que des changements profonds bouleversent les structures sociales et économiques de nos sociétés contemporaines. Mais au-delà de l’outil technique, des algorithmes, des capteurs et des tuyaux par lesquels transitent les informations, ce sont les modifications comportementales induites par ces nouveaux usages et services numériques qui changent en profondeur notre rapport aux autres et à nous-mêmes.

Comment savoir ?

Lorsqu’on échafaude un projet, qu’il soit personnel, professionnel ou d’intérêt général, il est désormais conseillé d’évaluer celui-ci à l’aune des grands changements à l’œuvre, ou tout au moins en regardant de très près les tendances, les évolutions observées, les statistiques enregistrées.

D’ailleurs de plus en plus souvent, les études, en amont des projets ou des réflexions que l’on sait inéluctables, proposent aux lecteurs plusieurs scénarios, dont l’un est quasiment figé ou rétrograde, un autre tendanciel et un troisième de rupture.

Si l’erreur de perception, de choix ou d’investissement ne pèse pas forcément sur le long terme dans un projet personnel, il peut en être tout autrement dans une démarche professionnelle. Comment savoir, être sûr, que notre activité ne va pas subir un changement radical dans son organisation, dans la nature des produits ou des services recherchés par les clients ou les consommateurs, dans son mode de production ?

A l’échelle d’une dizaine d’années, certains choix peuvent s’avérer douloureux et l’on cite souvent l’exemple de la firme Kodak qui n’a pas compris assez tôt le virage numérique et en a payé un lourd tribut. Mais sans parler de grands comptes, l’impact peut être tout aussi douloureux pour une TPE ou une PME.

Pourtant en 2014, je pense qu’il faut être bien prétentieux, ou très bien informé, pour prétendre connaitre si dans tel ou tel domaine une rupture d’usage, de consommation, d’organisation va avoir lieu. Entendant bien que la rupture n’est pas envisagée ici comme un phénomène ayant lieu d’un jour ou d’une semaine sur l’autre, mais plutôt sur quelques mois ou plus certainement sur quelques années.

En général, ce que l’on appelle souvent à tort des « révolutions », ne sont que des évolutions qui connaissent ou ont connu des phases d’accélération et de stagnation avant d’atteindre un stade de massification, les rendant visibles et accessibles au plus grand nombre.

Il faut néanmoins remarquer que certaines sociétés, anglo-saxonnes par exemple, sont sans doute plus disposées que notre bonne vieille France pour encourager et accompagner des phénomènes de ruptures.

Certes nous vivons dans un monde virevoltant et d’un certain côté passionnant, où tout semble fragile et pas forcément gravé dans le marbre, où chaque jour apporte son lot de nouveautés (mais pas de réelles innovations), d’étonnements et de discussions passionnées.

Mais les cas de rupture qui mettent en péril sur quelques exercices une organisation, une activité, sont rares, pour peu que celles-ci aient su garder une oreille discrète vers les tendances et les modes en cours dans leur secteur de rattachement.

Le cas le plus représentatif d’une réelle rupture est bien sûr le téléphone mobile qui, en guère plus de dix ans, a connu une expansion exceptionnelle dans le monde, provoquant la chute d’activités de tout un secteur lié à la téléphonie fixe et modifiant fortement les relations sociales de ces nouveaux abonnés.

Hybridation ne signifie pas absence de risque

On peut donc en déduire que le plus souvent, nous assistons à une hybridation  des modes de travail, de faire, de produire ou de consommer. Des façons d’agir, d’exercer une activité ou un travail (héritées de temps parfois anciens), sont amenées à coexister avec de nouveaux usages, un nouveau processus, un nouvel apprentissage.

Les périodes, comme celles que nous vivons, où cette hybridation est perceptible dans de nombreux domaines comme le travail, la mobilité, les pratiques culturelles, la communication ou la production industrielle… sont très intéressantes à observer, quel que soit l’endroit où l’on se place. Elles permettent de se faire une idée assez exacte de l’environnement dans lequel on évolue, des profils d’individus avec lesquels on interagit et de leur degré de tolérance, d’aptitude aux changements et à l’ouverture.

Les situations, les lieux où se croisent et se mêlent en quelque sorte tradition et modernité, pour le dire vite, sont sans doute de hauts lieux de sociabilité, instructifs sur les processus à l’œuvre dans les mutations et l’évolution des modes de vie.

Cette hybridation a finalement quelque chose de très naturel et de consubstantiel à l’homme. Comme si malgré tous les efforts pour innover, pour profiter des TIC ou de l’intelligence toujours plus aiguisée de l’homme, une inertie plus forte encore ralentissait les effets induits afin de limiter les risques de fractures.

Il convient de bien dire limiter, car il ne faut pas s’imaginer que l’hybridation des modèles entre eux, enlève tous les risques de rater un virage technologique, ou un saut en avant dans la manière de produire ou d’apprendre.

Si l’on prend par exemple le cas de l’Allemagne et sa décision d’arrêter les centrales nucléaires en 2022, ce n’est pas vraiment une rupture d’usage, même si politiquement c’est très important. L’hybridation est donc bien à l’œuvre, mais cette hybridation dans la manière de produire de l’énergie électrique peut non seulement aboutir sur une vraie rupture des modes de consommation de nos voisins (qui sont déjà bien différents des nôtres) mais aussi sur un avantage compétitif de leur industrie, et de leur économie, à l’échelle de quelques années. Comme ce fut déjà le cas au temps du moteur à explosion…

Il est donc bien nécessaire aujourd’hui aux entrepreneurs, aux chefs de projets, aux responsables d’entreprises de prendre des mesures et le temps nécessaires pour la veille, l’observation des tendances, l’intelligence économique dirons-nous, pour mesurer les évolutions et le degré d’hybridation afin de ne pas se laisser distancer. Car à la vitesse où les choses bougent, les retards ne sont pas toujours faciles à combler, que l’on soit une petite ou une grande entreprise. Lorsqu’un seuil de massification est atteint dans un usage, il faut nécessairement que l’organisation ou l’institution soit capable de se repositionner pour accéder et dépasser le point de  rupture, et poursuivre son développement.

Leonard Lenglemetz

Et si on travaillait ensemble, autrement, dans la Drôme ? Je travaille au sein de l’association Le Moulin Digital à Valence sur le développement du coworking et autres formes de travail collaboratif.

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