A la mi-février, le réseau des espaces de télétravail en construction dans la vallée de la Drôme a organisé une formation sur deux journées...

logofablabA la mi-février, le réseau des espaces de télétravail en construction dans la vallée de la Drôme a organisé une formation sur deux journées au Campus d’Eurre pour déchiffrer «  le travail en réseau comme nouveau mode de travail et de développement ».

La formation était initialement prévue pour les animateurs des espaces de télétravail, mais l’association Outils Réseaux, chargée de l’animer, a souhaité remplir la mission avec deux personnes complémentaires dans leurs compétences. Devant cette richesse, nous avons ouvert le module aux animateurs d’Espaces Publics Internet de la Drôme, aux porteurs du projet 8 Fab Lab Drôme et à l’équipe du Pôle Numérique 26.

L’approche reposait sur deux principes, l’utilisation des outils collaboratifs et la démarche de coopération entre les individus pour mener à bien un projet, une initiative.

Beaucoup de choses intéressantes ont été dites et démontrées sur l’utilisation des outils numériques et leur apport dans la collaboration des personnes. Ce serait d’ailleurs intéressant d’envisager une petite session dédiée aux télétravailleurs à la rentrée, en écho aux attentes exprimées dans l’étude de juin 2013.

Mais je vais laisser cet aspect de la formation de côté (pour un temps) et m’attacher à présenter quelques-uns des éléments clés d’une démarche de collaboration, tels que Laurent Marseault et David Reboul les ont présentés et que j’ai pu souvent observer au cours de mon parcours dans l’économie sociale.

Un fondement lié au mode de production

Comme ce fut le cas il y a quelques années avec le développement durable, une certaine mode invite aujourd’hui à glisser du collaboratif dans de nombreux éléments de langage, projets, démarches stratégiques ou managériales. Mais il faut avouer qu’en y regardant de plus près, rares sont les initiatives pouvant réellement se targuer d’une approche collaborative/coopérative, tout au moins de celle que nous partageons ici. Le distinguo sémantique entre les deux notions ne sera pas abordé, même s’il existe, car il ne pèse pas réellement sur l’enjeu principal : faire ensemble dans le respect mutuel.

Globalement et en simplifiant pour comprendre les distinctions, on peut considérer que dans l’économie 3 modes permettent de produire des biens et des services : la planification, le marché et la coopération. Le schéma ci-dessous, dont l’auteur est Jean Michel Cornu, illustre le couple d’éléments économiques qui structure chacun des trois modes.

modéles éco

Parce que nous sommes dans un monde imprévisible (et dans certains cas abondant, au moins en informations..), la coopération entre les individus et entre les organisations est la meilleure manière de créer l’abondance des biens et des services accessibles au plus grand nombre de personnes. N’étant pas rares, ils restent soit à un prix abordables à un grand nombre de personnes, soit gratuits, voire tombent dans le Bien Commun.

Cette abondance est nourrie par le partage des codes sources des projets (licence Créative Commons par ex), des outils (logiciels libres, open source), des services structurants (Wikipédia, Openstreetmap). Plus de personnes contribuent, participent, collaborent, moins une gouvernance centralisée est nécessaire car l’écosystème tend à s’autoréguler par les interactions de ses membres.

Bon, vous vous dites que tout cela est bien sympa, mais après la vision du paradis économique, dans la vraie vie comment cela peut-il se passer ?

C’est souvent une combinaison subtile des 3 modes, planifié, négocié et collaboratif qui permet de faire avancer et aboutir les projets. Mais le mixage n’enlève rien à la place majeure qui doit être faite aux principes de la coopération, pour que le fruit de ce travail partagé soit réellement porté par une large majorité de contributeurs et associable à une  démarche d’intelligence collective.

 Une prédisposition naturelle

Justement, « dans l’état actuel de nos connaissances » comme dirait Laurent, l’espèce humaine est à priori la seule en capacité naturelle de s’organiser pour produire ensemble, tout en respectant mutuellement les différences entre les individus qui la composent.

C’est le premier élément de compréhension, mais entre le fonctionnement des communautés du temps de notre ancêtre Neandertal et celui de nos sociétés contemporaines, quelques centaines de siècles sont passés par là. Cela nécessite de livrer quelques clés pour approfondir la notion de coopération et la construction de conditions favorables à son développement dans les organisations ou les projets.

Tout d’abord, la collaboration nécessite d’avoir une vision globale, tant de l’environnement dans lequel elle doit s’installer, que des personnes et du groupe avec lesquels elle va se construire. Comme nous le voyons sur le schéma ci-dessus, les choix à postériori, plutôt qu’à priori, facilitent la gestion des opportunités impulsées ou déclenchées par le groupe.

A l’intérieur de celui-ci, le nombre de personnes n’est pas le plus important, même si la profusion facilite en proportion le nombre d’individus proactifs, mais la prise en compte des rôles de chacun a des effets significatifs sur leur reconnaissance et donc leur engagement. Nous parlons ici davantage d’une reconnaissance acquise par l’estime portée par ses pairs, que par le prestige accordé à un seul ou à un petit groupe.

L’idée est donc d’encourager la convergence à chaque fois que cela est possible en prenant le temps de la tricoter patiemment et différemment en fonction des personnes associées au processus. Dans ce sens, partager une vision et un objectif commun à long terme est indispensable. Néanmoins, convergence ne veut pas dire absence de divergence, pour explorer de nouveaux chemins, ou d’opposition, pour permettre une saine remise en cause.

Plutôt que de mobiliser la communauté, nous préférons l’impliquer en s’appuyant sur les motivations des membres (plaisir, reconnaissance, utilité…), tout en étant vigilants aux freins que peuvent rencontrer certains d’entre eux (sécurité, manque de confiance, pouvoir de se désengager..).

C’est par le dialogue entre les membres du groupe que le sens que l’on donne au projet ou à la démarche collaborative se construit. De là, une prise de conscience individuelle doit s’établir pour ensuite aboutir peut être à une conscience collective partagée entre tous (ce qui peut faire beaucoup de monde suivant la démarche engagée).

L’équipe d’Outils Réseaux nous invite à faire une coordination, un pilotage, une animation avec beaucoup d’attention pour les personnes et l’environnement, et de l’intention pour le groupe (le aller vers, l’envie de). Elle insiste sur la tragédie des 3 C ! Celle qui dit qu’un système ne peut fonctionner en étant à la fois Complet, Complexe et Cohérent, il faut obligatoirement renoncer à l’un des trois.

Après la phase de compréhension, la phase d’action passe aussi par quelques notions fondamentales (mais non exhaustives).

Avant de se lancer avec les autres, il est préférable par exemple de commencer avec sa propre organisation ou un projet interne. La Petite Expérience Irréversible de Coopération (PEIC) peut faire un bien fou pour démarrer (liste de discussion, wiki interne, pad partagé..).

Une fois l’idée de se lancer sur un projet coopératif validé par le groupe, il n’est pas nécessaire d’attendre d’avoir des moyens pour commencer, une PEIC est un très bon amorçage. Ne pas hésiter à piloter à l’usage, en produisant des documents collaboratifs et des évènements.

Il est également très important de nourrir une culture dans le groupe, où chacun connait et reconnait l’expertise et les compétences de l’autre, c’est un élément fort pour faire grandir la confiance.

Le numérique facilitant grandement les choses dans ce domaine, ne pas hésiter à cartographier les positions, les compétences afin que le groupe se représente collectivement et sache ce qui est partageable. Dans le même esprit, ne pas oublier de documenter avec des recettes libres afin de partager ce savoir et ce savoir-faire. L’utilisation de licences libres permet encore une fois de clarifier les conditions d’utilisation des contenus.

Pour finir, l’autoévaluation est une méthode dont on peut abuser dans un groupe, car elle facilite le positionnement de chacun et la compréhension de ce qui se passe, en prenant le temps nécessaire pour en parler.

Pour résumer le propos, les conditions indispensables pour la mise en œuvre de la coopération seraient donc l’Implication de quelques personnes, des Communs accessibles et des moyens d’Echanges efficaces et diversifiés.

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« La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat. »
– Kofi Annan – Discours à l’Assemblée Générale de l’ONU, 24 Septembre 2001

Leonard Lenglemetz

Et si on travaillait ensemble, autrement, dans la Drôme ? Je travaille au sein de l'association Le Moulin Digital à Valence sur le développement du coworking et autres formes de travail collaboratif.

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