La fin de l’exode rural ? Nous sommes aujourd’hui de plus en plus nombreux à quitter notre région d’origine pour s’installer dans une autre région... L’innovation à l’épreuve des mutations de la ruralité : tiers-lieux et nouveaux modes de travail

La fin de l’exode rural ?

Nous sommes aujourd’hui de plus en plus nombreux à quitter notre région d’origine pour s’installer dans une autre région[1] et, pour un certain nombre d’entre nous, d’aller vivre et travailler à la campagne. Cette nouvelle migration inter-régionale et néo-rurale, visiblement à la hausse depuis quelques années, est certainement différente de celle qui s’est amorcée à partir des années 60 en Ardèche[2] comme dans d’autres départements.

Bien qu’étant encore globalement à la peine et contrastant avec le dynamisme des pôles urbains, un certain nombre de territoires ruraux peuvent néanmoins désormais se prévaloir d’accueillir des urbains – ou des « rurbains » – et ainsi d’inverser en leur faveur la tendance historique à l’exode des habitants et travailleurs des campagnes (essentiellement issus du monde paysan) vers les villes.

Dès lors, en supposant que la notion de ruralité soit toujours pertinente, de quelles réalités, de quels imaginaires contemporains, cette « néo-ruralité 2.0 » témoigne-t-elle aujourd’hui ?

 

Urbain / Rural : une catégorisation en voie d’épuisement ?

Alain Bertrand, auteur du rapport consacrée à l’hyper-ruralité[3] souligne d’emblée que « la notion de ruralité (…) ne fait plus sens ». Cette catégorie est selon ce sénateur de la Lozère : « dépassée par le fonctionnement du système territorial fait de centralités, de réseaux et de flux (de personnes, de biens, d’activités, d’informations…), à toutes les échelles, en interaction permanente et évolutive. ».

En revanche, la notion « d’hyper-ruralité » désigne, selon ce rapport, une réalité territoriale (26% du territoire national pour 5,4% d’habitants) marquée par une faible densité et un vieillissement de la population, un enclavement géographique et des ressources financières faibles, un déficit d’équipements et de services, mais aussi un manque de perspectives d’avenir.

Beaucoup de ces territoires, déjà à l’écart des nœuds de transports routiers et ferroviaires, sont en outre faiblement desservies par les infrastructures et réseaux de communication, indispensables à l’heure où le numérique se diffuse dans toutes les sphères d’activités économiques, sociales, culturelles, éducatives. Alors quid de la fibre optique[4] dans les campagnes, pour tous et partout ?

Pour autant Claudy Lebreton, auteur d’un récent rapport sur les relations entre l’état et les collectivités territoriales[5], considère lui aussi que : « les catégories classiques rural/urbain ne sont plus opérantes » :

« Les chercheurs et experts sont unanimes pour constater qu’au-delà du mouvement général d’urbanisation – 70% des Français habitent aujourd’hui dans des villes ou des communes situées dans l’aire d’influence d’une ville – les modes de vie se sont rapprochés considérablement, du fait du développement des moyens de communication (automobile, téléphone, Internet, télévision) : populations urbaines et rurales consomment et aspirent presque aux mêmes choses. Ainsi les ruraux ne sont pas en reste sur les urbains lorsqu’ils s’engagent dans des projets collectifs de circuits courts alimentaires, d’autonomie énergétique, de mobilité douce, d’épargne de proximité, etc.


L’émergence d’une nouvelle ruralité ?

Ces mutations démographiques, socio-économiques et technologiques, outre le fait qu’elles ont accentuées et accélérées le phénomène d’urbanisation et de « métropolisation » (A. Bertrand) ont donc également transformés les campagnes ainsi que (mais en est-on si certain ?) les représentations collectives qui sont généralement associées au monde rural :

« Si l’activité dominante dans les campagnes n’est plus depuis une ou deux décennies l’agriculture mais l’industrie, l’image du rural comme lieu d’habitation et de la ville comme lieu de travail a volé en éclat avec la diffusion des nouvelles technologies et l’essor des activités tertiaires. Les campagnes accueillent aujourd’hui un certain nombre d’anciens urbains qui ont choisi d’y créer leur entreprise ou de s’y installer à leur retraite. Ceci explique le retournement historique démographique que connait une part importante des zones rurales. » (C. Lebreton)

Cette nouvelle ruralité – ne faudrait-il pas plutôt parler de nouvelle territorialité pour sortir du binôme urbain/rural ? – est aujourd’hui à l’œuvre sur des territoires de plus en plus nombreux, que nous observons et d’autres que nous explorons à l’aune des innovations qui s’y déploient.

Le Manifeste des Smart Village[6], dans le sillage de Ruralitic[7] participe de cette ruralité nouvelle et connectée. L’expérience d’une commune comme celle d’Arvieu[8] dans l’Aveyron témoigne également des dynamiques locales regroupant élus et habitants pour inventer un modèle villageois économiquement attractif, socialement et écologiquement désirable, pour celles et ceux qui sont tentés de venir s’y installer pour y travailler : entre autre au sein d’un espace de coworking.

 

Tiers-lieux et nouveaux modes de travail : indicateurs et accélérateurs d’innovations territoriales ?

Un des phénomènes les plus emblématiques des innovations à l’œuvre dans le contexte de cette nouvelle ruralité, est sans aucun doute le développement des tiers-lieux, du télétravail et des changements qui s’opèrent dans le champ du travail et de l’entrepreneuriat et dont le site Zevillage[9] se fait l’écho. En quelques années seulement, le nombre d’espaces de coworking n’a cessé d’augmenter dans les villes comme dans les campagnes. Selon le baromètre néo-nomade[10], le nombre de tiers-lieux en France a été multiplié par 3 en 6 ans. Parallèlement à ce phénomène, les statuts professionnels se sont diversifiés, complexifiés et correspondent de moins en moins à un modèle standard. Les trajectoires[11] d’emploi et d’activité ne sont plus linéaires et les outils numériques brouillent les frontières spatiales et temporelles entre la sphère professionnelle et la sphère privée.

Les territoires ruraux ne sont pas en reste s’agissant de la création d’espaces de coworking, d’ateliers collaboratifs (des Fab Labs au Repair Café), de Maisons de services au public (MSAP), et d’autres types d’espaces partagés de fertilisation, de pollinisation du terreau social et économique local où se fabriquent des collectifs de travail et des communautés apprenantes[12] d’un nouveau genre.

 

A l’initiative du Pays de l’Ardèche méridionale, La Trame[13] accompagne les porteurs de projets de coworking et de tiers-lieux en créant les conditions d’une synergie à l’échelle communale ou inter-communale entre une communauté d’usagers et les représentants des collectivités locales. Deux espaces de coworking[14] ont été créé et regroupent des professionnels dont les activités et les compétences sont comparables à celles de coworkeurs urbains.

 

Les Parcs naturels régionaux : des laboratoires d’innovations territoriales ?

Je contribue pour ma part au développement des tiers-lieux et des nouveaux modes de travail dans la Drôme et les Hautes-Alpes au travers de deux réseaux :  Cedille[15] et Innover en Baronnies provençales[16]. Ce vaste territoire rural si ce n’est hyper-rural – à cheval entre deux départements et deux régions – couvre aussi le périmètre du 51ème (le dernier né à ce jour) Parc naturel régional des Baronnies provençales[17]. Ces territoires de projets, véritables laboratoires d’innovations territoriales[18] œuvrent désormais à la promotion et au développement des tiers-lieux et les nouveaux modes de travail.

 

Mais je reparlerai, avec d’autres, plus longuement de ce sujet prochainement…à suivre donc !

 

 

 

[1] http://fr.slideshare.net/PagePersonnel/infographie-attractivite-des-regions-page-personnel-2015

[2] http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=3984

[3] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/144000475.pdf

[4] http://zevillage.net/2016/05/robert-sort-tracteur-on-va-tirer-fibre-optique/

[5]http://www.conseils-de-developpement.fr/wordpress/wp-content/uploads/2016/06/Rapport-final-Lebreton-mai.pdf

[6] http://www.petitions24.net/le_manifeste_des_smart_villages

[7] http://www.ruralitic.com/

[8] http://bienvenue.arvieu.fr/

[9] http://zevillage.net/

[10]http://blog.neo-nomade.com/wp-content/uploads/Barom%C3%A8tre-tiers-lieux-2016-Neonomade.jpg

[11]http://cnnumerique.fr/wp-content/uploads/2015/12/Rapport-travail-version-finale-janv2016.pdf

[12] http://www.innovation-pedagogique.fr/article861.html

[13] http://www.latrame07.fr/

[14] http://www.izinoui.com/lepreau/contact.htmlhttp://planetemercure.fr/

[15] http://www.cedille.pro/

[16] https://www.facebook.com/innover.en.baronnies.provencales/

[17] http://www.baronnies-provencales.fr/

[18]http://www.parcs-naturels-regionaux.fr/sites/federationpnr/files/document/centre_de_ressources/cbab150900061_brochure_innovation_parcs_210x297_cb.bd_pp.pdf

serge jamgotchian

Après un parcours dans le champ de la formation et de l'accompagnement des mobilités professionnelles, je contribue depuis 2013 au développement des tiers-lieux de travail et de services ainsi que des nouveaux modes de travail à l'ère digitale. Les tiers-lieux et les nouveaux modes de travail sont à mon sens des indicateurs d'innovations sociales, économiques, technologiques et écologiques à l'échelle d'un territoire urbain ou rural. Mon approche vise à promouvoir, stimuler, polliniser, mais aussi questionner ces innovations au service de l'intelligence collective et de l'inventivité des acteurs territoriaux. #Accompagner #Animer #Former #Explorer  Les espaces de travail partagés (espace de coworking, télécentre…) et autres tiers-lieux : Maison de Services au Public, Espace Public Numérique, Fab Lab, Repair café, médiathèque (…) ;  Les pratiques et usages collaboratifs dans le cadre de projets contributifs d’innovations sociales et économiques ;  Les mutations du travail (télétravail, travail collaboratif) et les mobilités professionnelles, dans les organisations et sur les territoires à l’heure du numérique. Mes interventions s’adressent :  Aux acteurs publics et privés, professionnels et bénévoles, d’innovations territoriales  Aux porteurs de projets de tiers-lieux ruraux ou urbains  Aux promoteurs du télétravail dans les organisations Entrepreneur-salarié à la coopérative d’activités et d’emploi COODYSSEE : http://www.coodyssee.fr/

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