« La crise actuelle du travail touche autant les individus que les entreprises, dont les attentes respectives sont en tension. Le numérique est l’une des...

« La crise actuelle du travail touche autant les individus que les entreprises, dont les attentes respectives sont en tension. Le numérique est l’une des causes de cette crise, mais il fait aussi partie des solutions. Et si on changeait de point de vue ? Au lieu de partir des organisations, partons des individus, dans leur relation aux collectifs de travail et aux organisations, et tirons toutes les conséquences de cette figure de l’individu autonome ».

C’est avec ces quelques mots que l’expédition menée en 2013 par  la FING a commencé à explorer « les aspirations des individus dans leur travail quotidien, ainsi que les aspirations des entreprises ».

Le Pôle Numérique participe à cette aventure qui réunit régulièrement universitaires, managers, étudiants, cadres de grandes entreprises et laboratoires de recherche. L’idée, habituelle à la FING, est de trouver des controverses et des points de convergence, qui pourraient devenir des sources possibles de réponses et d’actions nouvelles.

Dans le bouillonnement des sujets traités l’année dernière, voici une synthèse des travaux collectifs rapportés par Amandine Bruguière sur « qu’est-ce que le numérique change par rapport à la création de la valeur travail ? »

« Ce qui créé de la valeur, c’est l’activité de travail » dit la théorie économique.

Cantonnée jusque-là dans l’entreprise, le travail productif déborde aujourd’hui de la sphère professionnelle pour gagner la vie privée, et le flux de données qui va avec. Dès lors, il nous faut reconsidérer ce qui appartient ou pas au «  travail ».

Plus d’agilité pour les entreprises et d’invisibilité pour les individus

La gestion et le développement des tâches, services et projets passent aujourd’hui par l’informatisation, procurant aux entreprises un regain de productivité, une rationalisation des process et une augmentation des rythmes. L’individu s’adapte, se responsabilise mais ne voit rien venir en contrepartie…(1).La dimension objective du travail a pris le pas sur la dimension subjective et tous les pans qui nécessitent l’adaptation, l’apprentissage par les pairs, la formation sont devenus invisibles, laissant place au résultat global, au détriment des vertus individuelles et qualitatives du travail, selon Romain Chevallet, chercheur à l’ANACT.

Autre paradoxe : « la traçabilité des usages et la génération de données ont conféré de la valeur aux actions des individus en dehors du cadre du travail ». La production de données en continu sur les réseaux et sur les terminaux créée de la valeur pour les plates formes qui les exploitent. Plus de limite ni de temps, ni d’espace pour la production. Contributive ou captée, cette production prend la forme d’une exploitation non rémunérée, mais néanmoins permise par la mobilisation de fonds publics significatifs (éducation, réseaux, protection sociale..). Un vrai travail plaisir, non aliénant décrit par Antonio Casilli.

Une communauté d’universitaires et d’utilisateurs tente de se mobiliser pour se réapproprier ces données et pour mieux les partager.

Eviter les ruptures

Daniel Kaplan, secrétaire général de la FING, tire la sonnette d’alarme sur ce déséquilibre en faveur de l’entreprise qui ne valorise en rien l’individu connecté et au « travail » partout. Pourquoi ne pas aller au bout de la logique et considérer l’individu autonome, et l’individualisation du travail ? Compétences, réseaux, outils, méthodes sont autant de « capital » que l’individu devrait pouvoir valoriser et voir reconnu à son arrivée en entreprise, au lieu de devoir se fondre. A son départ même combat pour enrichir et rendre visible ce capital. Pour cela des aménagements autour de l’individu seraient indispensables : droits, pluriactivité, reconnaissance…

Le rééquilibrage des termes de l’échange peut se faire autour de rétributions monétaires bien sûr, mais aussi autour de nouvelles valeurs marchandes ou d’usages, de nouvelles formes de valorisation, qui restent à inventer.

Et dans le travail nous n’avons pas fini de devoir se réinventer, jusqu’à sa signification même et de son utilité peut être un jour. Car certains chiffres peuvent effrayer lorsqu’on compare le nombre d’emplois détruits et créés aux Etats-Unis par exemple : 7,5 M contre 3,5 M au cours des 5 dernières années, avec 29% de hauts salaires et 69% de très bas salaires ! (source Internet Actu).

Ce qui nous renvoie à notre sujet sur la création de valeur, celle-ci n’implique pas forcément la création d’emplois. Ajoutez à cela que bientôt 80% des entreprises produisent des services et vous retrouvez l’actualité politique et économique avec un autre regard, lorsque les uns et les autres envisagent de créer 1M d’emplois grâce au Pacte de responsabilité….

F.BISE

(1) Voir « les scénarios de rupture » : http://fing.org/?CDI-c-est-fini  « des places Tarhrir dans les entreprises » : http://fing.org/?Les-autres-ruptures

Leonard Lenglemetz

Et si on travaillait ensemble, autrement, dans la Drôme ? Je travaille au sein de l'association Le Moulin Digital à Valence sur le développement du coworking et autres formes de travail collaboratif.

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