C’est le Conseil National des Chambres Régionales de l’Économie Sociale et Solidaire qui porte depuis la fin des années 2000 la réflexion et la...

C’est le Conseil National des Chambres Régionales de l’Économie Sociale et Solidaire qui porte depuis la fin des années 2000 la réflexion et la coordination autour de la création des Pôles Territoriaux de Coopération Economique.

La loi de 2013 sur l’économie sociale et solidaire a repris ce concept, fort de quelques expériences réussies, et un appel à projets a été lancé en juillet dernier.

Parmi les 23 lauréats retenus, la Drôme s’est une nouvelle fois distinguée avec le PTCE présenté par le groupe ARCHER de Romans. Terrain d’expérimentation, Archer a naturellement reçu le soutien de l’Etat qui va, entre autres, permettre d’approfondir et de questionner la démarche engagée dès 2012 sur ce territoire.

« Un Pôle Territorial de Coopération Économique (PTCE) se définit comme un groupement d’acteurs sur un territoire – initiatives, entreprises et réseaux de l’économie sociale et solidaire, petites et moyennes entreprises, collectivités locales, centres de recherche et organismes de formation – qui met en œuvre une stratégie commune et continue de coopération et de mutualisation au service de projets économiques innovants de développement local durable ».

Au départ c’est un double constat qui a servi la construction de ce dispositif. Chaque territoire dispose de forces vives qui œuvrent dans l’ESS pour répondre à des besoins sociaux et produisent de l’innovation, mais ces organisations connaissent des difficultés récurrentes liées à leur modèle économique fragile. D’un autre côté, la RSE est de plus en plus appelée dans le fonctionnement des entreprises, qui doivent également faire preuve d’attention eu égard à l’environnement et d’innovation pour gagner en compétitivité. A partir d’une approche territoriale et du principe de coopération des acteurs réunis autour d’un objectif commun, le dispositif PTCE visait donc, entre autres, à répondre à ces deux constats.

Une ambition pour resocialiser l’économie en quelque sorte.

Il est intéressant de replacer cette dynamique dans le contexte d’essor des technologies numériques et plus particulièrement des outils synchrones et asynchrones de communication et de partage de l’information. Ceci afin de se demander si la combinaison sur un territoire de l’esprit des PTCE et des dispositifs permettant la contribution des acteurs et des habitants, pourrait produire des effets sur son attractivité et son développement.

La coopération a au moins un point commun avec la connaissance, la partager n’appauvrit pas mais enrichit celui ou celle qui agit en utilisant ce mode d’échanges.

L’hybridation est donc bien une nouvelle fois au rendez-vous du changement. Conceptuellement « un PTCE contributif » est donc une idée séduisante qui mérite que l’on s’y attarde et qui s’inscrit dans un certain ordre des choses.

Un ordre qui invite au décloisonnement des filières (tel que décrit dans le SDTAN) pour renouveler sa perception des besoins des populations et proposer des services et des produits appropriés. Une dimension durable qui est aujourd’hui un aspect de développement que les entreprises, quelle que soit leur taille, ne peuvent laisser de côté sous peine de subir la sanction de l’usager ou du client. Une culture numérique omniprésente mais qui reste encore beaucoup trop cantonnée dans la consommation ou la communication tous azimuts, pas forcément ancrée dans le territoire. Un territoire dont on retrouve les vertus à l’heure de la globalisation des échanges. Enfin et surtout, un sentiment de plus en plus partagé que notre modèle de développement ne répond plus ni à nos besoins, ni aux ressources dont nous disposons.

Un territoire contributif qui se construirait à partir de l’esprit des PTCE pourrait concilier ces éléments de contexte et favoriser un environnement de développement créatif et solidaire. En poussant la réflexion un peu plus loin et en se rappelant la nécessité d’agir concomitamment avec les outils et avec les personnes, on peut même imaginer une organisation distribuée et agile, non sectorisée, dans laquelle les compétences partagées sauraient s’agréger au gré des projets initiés et des besoins identifiés sur le territoire.

L’agglomération brestoise nous livre un bel exemple d’aventure contributive sur un territoire grâce à des dispositifs d’accès publics à Internet très développés depuis près de vingt ans, à des cycles de formation à la coopération dispensés aux animateurs et à certains décideurs locaux. Grâce aussi à une attention croissante des collectivités vers les initiatives citoyennes et à des outils collaboratifs multiples qui permettent de voir les réalisations collectives, qui donnent envie de contribuer et mettent les gens en réseau.

On retrouve ici un élément essentiel mais dont on n’a pas encore parlé dans la construction d’un territoire contributif : l’individu, le sujet, le citoyen. On peut penser que cette « humanité » est innée à l’ESS, effectivement elle constitue même son substrat originel, son essence. Mais il semble nécessaire de requestionner plus précisément sa présence, son rôle, son action, dans un dispositif qui hybride à la fois les profils d’acteurs, les moyens, les méthodes et les rapports à l’espace-temps.

L’association des personnes à la définition de leurs besoins et à l’élaboration et à la mise en œuvre des réponses est l’une des caractéristiques de l’économie sociale et solidaire. Replacée dans un projet de territoire contributif, comme décrit précédemment, cette disposition prend un tout autre relief tant pour les personnes mêmes, que pour tous les acteurs associés à la dynamique, collectivités comprises.

Ces collectivités, placées dans une posture de facilitateurs, d’accompagnateurs comme nous l’avons décrit lors d’un précédent billet, pourraient également tirer profit du dispositif pour leurs agents et leurs élus. Immergés dans cette dynamique territoriale, mais dégagés d’un cadre contraignant, ils pourraient à leur tour participer à une démarche d’innovation durable au service de l’intérêt général et des intérêts particuliers des organisations et des individus.

Les interactions multiples qui se construisent sous les effets des mutations socio-économiques vont se poursuivre longtemps et produiront des effets dont on est bien incapable de mesurer la portée.

Les principes fondateurs de l’économie sociale sont régulièrement appelés depuis quelques temps pour pallier aux défaillances d’un modèle qui s’essouffle et lutte pour sa survie, mais ils ne sont pas reconnus comme tels. Pourtant ils concourent à créer un état de fait cher à la culture numérique, celui de l’abondance. Saurons-nous à la croisée de ces deux cultures « faire société autrement » ?

Leonard Lenglemetz

Et si on travaillait ensemble, autrement, dans la Drôme ? Je travaille au sein de l’association Le Moulin Digital à Valence sur le développement du coworking et autres formes de travail collaboratif.

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